De la réduction d’espace en milieu énervé

par Rémy Aarthr’it

Au sein de sa descente spiralée vers un abîme à priori sans fond, l’être aime à se rattacher aux branches de vies intermédiaires qui certes ne lui offrent plus qu’un espace limité mais n’en constitue pas moins un terrain de jeu(x) propice à conserver un intérêt qu’il s’efforce en vain de qualifier de suffisant. Glissant ainsi corps après corps dans l’entonnoir d’un néant apparent, alourdi mentalement par les retours massifs d’expériences bien solides, il essaie de se maintenir à flot dans un élan suprême de vanités en occultant petit à petit sa propre conscience par ce mécanisme universel aujourd’hui incontrôlé : l’oubli saupoudré de blâme continuel. 

Fort de ces considérations, mais insensible à ce mur qui lui paraît invisible et qui pourtant s’épaissit de façon infime chaque jour, il va et vient quotidiennement à 139,9 km/h vers ce destin dont il est prisonnier et dont il ne sait plus qu’il est la seule et unique cause.

Comme il est joueur, il considère s’amuser en se parant de ses plus beaux appâts sociaux et fait luire à qui veut bien le créer cette formule encore gagnante faîte d’esprit, de corps et de symboles du passé que d’aucuns s’ingénient à faire renaître sans cesse sous forme de mode, et cela tout juste le temps de ce qu’il ose appeler une carrière. Mais il sait, au plus profond de lui-même, sous ce fatras pêle-mêle, fait d’accumulations infiniment compressées et solides antérieures que tout ce jeu n’est qu’illusions ; mais d’illusions dont la consistance lui semble trop convaincante pour qu’elles puissent être « remises en cause(s) » et auxquelles s’accroche le reflet admiratif de l’accord des autres qui le conforte dans une jouissance continue et alimente ainsi la production de l’image qu’il se plait à donner à voir.

C’est à la fois la qualité de la solidité de ses considérations et le flux solide qu’il obtient des autres en retour, qui lui permettent de maintenir en équilibre son altitude social. Bien que ses rêves futurs ne soient plus que les pales empreintes de ses immenses gloires passées rejouées à un volume très faible mais continu, à la façon d’une onde porteuse, il profite ainsi de son aura pour tendre vers l’excellence d’apparence pourtant très dégradée et placer son standard de production au juste niveau dicté par la qualité de la solidité de ses considérations.

Et c’est là toute son intelligence, il lui suffit de pousser un peu plus cette qualité en tentant de gommer avec plus ou moins de succès les outrages du temps pour orienter son but vers un niveau supérieur.

Mais comme partout dans cet univers qu’il croît avoir tronqué au sien et auquel il a seulement succombé en apparence voici bien longtemps, si l’être spirituel donne des points à voir… c’est bien pour être vu. Et qui se fait voir est vu ! Mais le problème, c’est que compte tenu de la promiscuité (mais alors complètement) et de l’imprévision des réactions des autres êtres, les points à voir donnés sont parfois pris par d’autre comme leur appartenant. C’est la qu’interviennent les interactions de flux rapprochés à double sens (dans le meilleur des cas) plus connus sous le vocable de communication. Le problème c’est que les infinitésimales mais innombrables masses solidifiées des uns, vestiges oubliés de leurs quelques dernières centaines de trilliards d’années, impliquent des comportements incontrôlés envers les points à voir de l’être. Et celui-ci subit alors de la part de l’autre, une poussée inversement proportionnelle à la force rémanente des pensées de l’autre qui peuvent aller jusqu’à s’énergiser en efforts plus ou moins violents et (in)contrôlés (c’est selon l’intention initiale), le temps d’une injonction mentale plus ou moins intentionnelle. D’où un certain inconfort chez l’être, qui peut aller jusqu’à susciter un contre-effort mental volumineux justifié par la perte ou la menace de perte de son espace de survis si chèrement conquis.

L’affaire se corse lorsque l’être vient à se retrouver effet d’une ou plusieurs sources plus ou moins (dés)organisées (c’est selon) et dont le produit final livré est parfois sujet à caution. Systématiquement, la cause de l’insatisfaction en est la perte et l’altération d’informations tout au long de lignes de communication de plus en plus complexes dont l’existence est elle-même justifiée par des règles de plus en plus complexes et ignorées de tous. Et forcément, soumettre une ligne de flux à un nombre d’interactions sans cesse multiplié par le nombre d’intermédiaires possédant chacun en eux, un amalgame compressé solidifié des plus rebelles ne peut rendre les choses claires, mais ne peut que les assombrir.

Et l’être de se sentir pris au piège contre cette réduction d’espace imposée ; la qualité de la solidité de ses considérations étant prise en sandwich entre d’une part, une demande quasi informelle à peine contrôlée, souvent soumise à altération, mais en provenance d’une altitude plus élevée qu’il convient donc d’accepter afin de pouvoir maintenir la sienne dans cet espace si chèrement acquis ; et d’autre part le retour décevant du produit demandé, produit dégradé dû aux altérations des multiples points intermédiaires. Se croyant ainsi effet de l’autre et occultant ses propres altérations sur la transmission de la conception du produit, dans un geste de désespoir qu’il considère salvateur, il décide de ne plus rien avoir à faire avec cette chose infâme violant son principe d’excellence. Il pousse alors son cri de révolte qui prend très vite la couleur du blâme, c’est à dire du rejet complet et total de la faute sur autrui.

Décidant de prendre les devants pour éviter une compression fatale, l’être s’en alla en guerre contre ces altérations multiples intolérables.

Là, en toute logique, nous arrivons dans une impasse, car un véritable mur fait de considérations savamment justifiées fait que l’être protège son aire, tel un aigle solidaire évoluant pour mettre hors de sa portée les notes dissonantes d’un orchestre sans chef.

Et pourtant, pour Horacio Padereste, qui n’avait cessé de planer au-dessus du terrain de jeu en observant la scène, l’être l’intéressait, et il existait une solution …

(Ne manquez pas, prochainement : Du zéro vers l’infini en moins de temps qu’il ne vous en a fallut pour lire cette ligne, suivi par De la désolidification de l’être puis par La reconquête du je par DMA* au éditions du Booster qui tonne)

*Direct Memmory Access.

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