L’esprit natif du bushido

par Kamakura Jidaï

Voici bien longtemps, j’ai fait cette expérience étrange. J’étais un jeune novice au milieu d’une bataille, en plein Japon médiéval, où s’affrontaient les troupes de Shogun rivaux. Nous étions encerclés par les forces ennemies, notre espace se rétractait au fil des coups qui nous étaient portés. Tous étaient convaincus de l’issue fatale, nous allions nous faire massacrer jusqu’au dernier. Chacune des minutes vécues paraissait une heure de souffrance interminable. Puis nous vîmes arriver trois cavaliers, trois samouraïs, pas un de plus…

Ils traçaient leur chemin à travers les lignes ennemies qui semblaient se disloquer au fur et à mesure de leur percée. Et ils firent à trois en dix minutes plus de ravage chez l’ennemi que trois cents hommes en dix heures. Ils maniaient l’art de l’arc, de l’épée et de l’esquive avec une maîtrise, une précision, une rapidité et un esthétisme qui défiait l’entendement, ils paraissaient imperturbables et inatteignables. L’ennemi céda, fuyant par endroit, mais libérant son emprise sur toute la ligne, nous étions sauvés.

Peut-être pensez vous qu’ils n’étaient pas fatigués et fourbus par dix heures de combat, mais ils avaient chevauché plus de cent kilomètres sans jamais s’arrêter, venant de l’autre bout de la contrée à travers collines et marécages. Ils étaient encore plus fatigués que nous.

Il est donc possible ici de voir que vous pouvez adopter une attitude détachée envers l’existence, indépendamment des circonstances de cette même existence. Et, quel que soit le volume d’opposition constituant ces circonstances, il n’est pas vraiment certain que cette attitude indépendante envers l’existence s’effacera devant l’attitude générale de l’existence qui peut-être assimilée à l’accord majoritaire. Ce n’est en rien une certitude absolue, mais un constat maintes fois répété.

Une personne peut avoir une attitude indépendante envers l’existence, indépendamment de ce qui se passe et rendre les choses meilleures ou plus mauvaises à volonté, dans la mesure où elle garde sa confiance et sa foi en elle-même intacte, ainsi que son aptitude à réaliser ses propres décisions.

Pour cela, elle doit pouvoir dire : « Je peux persévérer ; je peux réussir » et puis réussir. Elle devrait aussi pouvoir dire : « Eh bien, je crois que je vais échouer cette fois » et simplement échouer. Cela ne doit lui faire ni chaud, ni froid de gagner ou de perdre. Elle doit être quelque peu impassible, voire stoïque si l’opposition est mordante, mais elle en est capable.

Elle pourrait alors prendre le contrôle de toute situation existante ou améliorer n’importe quelle situation sans être énormément influencée par les circonstances qui l’entourent.

C’est là l’autodétermination. Un individu est autant  capable de vivre qu’il est capable de déterminer ses actions et celles des autres par une simple décision. Et un individu qui peut faire cela est un géant parmi ses semblables ; et un individu qui ne peut pas faire cela, a été, est, et restera toujours un esclave.

Corollaire : « conquérir le mal et non l’adversaire, voilà l’essence de l’homme d’épée », c’est pourquoi deux êtres au passé lointain de samouraï ne peuvent s’affronter que pour une seule raison : se défier en aidant d’autres êtres.

Faire de chaque jour une floraison interne sans cesse renouvelée où doit se projeter le meilleur de son image et de ses actes afin d’organiser en accord avec le plus grand nombre la transformation du chaos externe en un mouvement harmonieux d’épanouissement accompli bien que sans cesse en évolution ; pour cela, supporter le poids de l’univers et les contre-intentions imposées par d’autres sans jamais perdre le but initial, vivre quand la vie est plus pénible que la mort, apprendre à ne point se plaindre, malgré les plaintes de l’âme et les souffrances du corps voici la véritable voie de celui qui suit le bushido ; et non l’inverse, comme cela a été perverti avec le temps par ceux qui tentèrent d’en contrôler les membres, accélérant ainsi le manquement au code de certains, ce qui resta connu à tort comme une sorte de culte dégradé de la mort n’ayant rien à voir avec l’esprit natif du bushido.

Titanic I, II & III Productions

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